en attendant les promesses de 2012
L'année dernière, à la même époque, m'adressant à vous sur ce site, j'écrivais : « 2010 s'achève, dans la douleur »… Un an plus tard, j'aurais aimé pouvoir employer un autre langage. Mais la douleur est toujours là- je veux dire la souffrance sociale, le poids des injustices subies, la difficulté, pour tant et tant de nos concitoyens, de vivre décemment. Et à cette souffrance-là s'ajoute, à un degré jusqu'alors inconnu, la peur du déclassement, à l'échelle individuelle comme à l'échelle collective : le déclassement des personnes, c'est-à-dire l'entrée dans la spirale délétère de la précarité puis de l'exclusion ; et le déclassement des nations, qui s'exprime de façon très perceptible à travers la menace de dégradation qui pèse sur nos économies européennes.
Et pourtant, en cet hiver chargé de tant de dangers et d'angoisses, je veux être optimiste. Parce que le printemps arrivera plus vite que nous ne pensons. Parce que 2012 peut être l'année du changement. Dans quatre mois, notre peuple aura entre les mains les clefs d'un nouveau destin. Comme c'est naturel dans notre système politique, celui-ci s'incarne en un homme, François Hollande, dont la légitimité s'appuie d'ores et déjà sur des millions de suffrages. Il est ici et maintenant le dépositaire des attentes, des indignations et des espérances des forces populaires.
Avec François Hollande, si nous le voulons, 2012 marquera le changement à trois titres, que j'exprimerai en trois mots : justice, dignité, liberté.
Justice, d'abord. La droite voudrait nous contraindre à choisir entre redressement économique et protection des plus faibles. Nous refusons ce chantage : la garantie de l'égalité des chances et des droits, le rétablissement de l'équité fiscale, la restauration de nos services publics, seul bien de ceux qui n'en ont pas, sont indissociables du redressement économique de notre pays. La stabilité financière et monétaire ne se construira pas sur l'instabilité sociale. Bien sûr il faut réduire la dette et cela suppose des efforts, et même des sacrifices, considérables. Mais ces efforts, ces sacrifices, devront être d'abord demandés à ceux qui ont été, ces dernières années, outrageusement favorisés. Et ils devront s'accompagner de mesures, comme l'encadrement des loyers ou l'égalité salariale entre les femmes et les hommes, qui changeront la vie quotidienne des plus fragiles et des classes moyennes. La droite propose l'équilibre par l'austérité, et l'austérité par l'iniquité. La gauche propose le redressement par la croissance, et la croissance par la justice.
Dignité, ensuite. Les Républicains n'en peuvent plus de voir leur pays perdre son âme. Qu'est-ce que la République, sinon une idée du bien commun, qui dépasse de très loin les calculs individuels, les égoïsmes, et la somme des intérêts particuliers ? Cette idée, depuis trop longtemps, est souillée par une pratique arrogante et cynique du pouvoir. Les conflits d'intérêt, l'usage des services publics à des fins partisanes, l'incroyable collusion entre le pouvoir et l'argent, l'ère du soupçon qui pèse sur l'indépendance de la justice ou des médias, rendent nécessaire et urgente une autre conception de la chose publique. 2012 devra restaurer la dignité de l'Etat, à travers une attitude, un langage, mais aussi quelques mesures simples et claires- comme la fin du cumul des mandats, la rupture du lien entre gouvernement et Parquet, un nouveau statut pour l'audiovisuel public…
Liberté, enfin. Le bulletin de vote François Hollande sera un moyen de faire franchir une nouvelle étape à l'histoire des libertés en France. Trop cloisonnée, trop prisonnière des codes et des normes, trop peu indifférente aux différences, notre société doit évoluer. Et une société ne change pas par la force des choses ni par le seul poids du temps qui passe. Elle progresse par la loi : l'interruption volontaire de grossesse, l'abolition de la peine de mort, le PACS, ont prouvé que seule la volonté politique déplace les montagnes du conformisme, de l'intolérance et de l'inertie. Ainsi, si nous le voulons, si le peuple le veut, les années 2012-2017 pourront être, dans des ordres d'idées très différents, marquées par des avancées considérables- de ces pas qui, une fois franchis, deviennent irréversibles : le droit de vote des étrangers aux élections locales, le droit pour tous les couples de se marier et d'avoir des enfants, le droit à mourir dans la dignité… L'élection présidentielle c'est aussi le choix entre l'ordre immuable des conservatismes, et le mouvement qui fait respirer et avancer une société.
Dans quatre mois, les citoyens auront, souverainement, à arbitrer entre deux conceptions de la France. Le changement est possible. Il est accessible à la ténacité, à la volonté, au courage, d'un homme, François Hollande, et d'un peuple, qui doit se convaincre que nous lui proposons mieux encore qu'un rêve : des solutions. Voilà pourquoi, en vous souhaitant à toutes et à tous une belle année 2012, je veux exprimer ma confiance et ma détermination. Le socialisme, au sens le plus large de l'aspiration au progrès par la justice, demeure, comme le disait François Mitterrand en 1981, « une idée qui fait son chemin ». Et cette idée a rendez-vous avec la France.
Bertrand Delanoë